Gaz Fond vs Gaz Déco : Pourquoi Deux Mélanges ?

Le rôle de chaque gaz sur une plongée technique et comment les choisir

Le principe : un seul gaz ne peut pas tout faire

Sur toute plongée au-delà des limites no-déco rec, le gaz optimal au fond et le gaz optimal à la remontée sont différents. Le gaz fond doit garder la ppO₂ sûre à la profondeur max — abaissant la fraction d'O₂ — tandis que le gaz déco doit accélérer la désaturation des gaz inertes pendant la remontée — augmentant la fraction d'O₂. Vouloir tout faire avec un seul mélange compromet les deux bouts : la phase fond devient plus profonde que sûre, ou la remontée plus longue que nécessaire. Plonger avec deux (ou trois) gaz est la solution tech standard, et les compromis de pressions partielles expliquent pourquoi.

Gaz fond : ppO₂ ≤ 1,4 sous charge

Le gaz fond est respiré pendant que tu travailles — palmage contre courant, photo ou scooter, contrôle de flottabilité, navigation. La tolérance ppO₂ en effort est conservativement 1,4 ata parce que le risque CNS monte fortement à fractions plus élevées quand la production de CO₂ est augmentée. Pour une plongée 50 m épave, ça impose O₂ ≤ 28 % (EAN28 ou trimix 21/35 si l'hélium remplace de l'N₂ pour la densité et la narcose). Le gaz fond porte aussi la charge de densité respiratoire : viser ≤ 5,2 g/L (Anthony 2018, DAN). Au-delà de 6,2 g/L le travail respiratoire domine et la rétention de CO₂ devient probable — c'est pourquoi l'air comme gaz fond au-delà de 40 m est de plus en plus jugé sous-optimal.

Gaz déco : désaturation max au repos

Le gaz déco est respiré au repos, suspendu sur une ligne à un palier. La tolérance ppO₂ au repos est 1,6 ata, donc la fraction O₂ peut être bien plus haute. Plus le gradient de pression partielle d'inertes entre tissus et gaz inspiré est grand, plus la désaturation est rapide — et l'oxygène remplace les inertes 1:1. L'EAN50 à 21 m donne ppO₂ 1,55 ata (juste sous la limite 1,6) et raccourcit d'environ moitié les paliers peu profonds par rapport à continuer au gaz fond. L'O₂ pur à 6 m donne ppO₂ 1,6 ata et est le gaz déco final le plus efficace. Certaines agences autorisent jusqu'à 1,6 à 21 m, d'autres plafonnent à 1,45 — suis le standard de ton agence.

Choisir le bon gaz déco (EAN50 vs O₂, ICD)

Les deux gaz déco les plus courants sont l'EAN50 (switch à 21 m) et l'O₂ pur (switch à 6 m). Porter les deux rogne le plus de temps aux paliers, mais double le nombre de bouteilles. Beaucoup de plongées tech utilisent l'EAN50 seul et acceptent ~5 min de plus à 6 m. L'ICD (contre-diffusion isobarique) devient un souci en switchant d'un gaz fond riche en hélium vers un gaz déco pauvre en hélium : la règle 1:5 de Doolette dit que le changement de fractions d'inertes doit rester sous 5:1. Un switch trimix 18/45 → EAN50 à 21 m échoue typiquement à cette règle et risque un ADD vestibulaire. Utilise le icd-calculator pour valider chaque switch, et envisage un gaz déco intermédiaire riche en hélium sur les trimix lourds.

Recommandations pratiques

Pour des plongées 30-40 m sans palier : un seul EAN32-36 couvre fond et remontée sans switch — pas de gaz déco. Pour 40-50 m avec déco légère : fond EAN28 + EAN50 à 21 m est un setup courant. Pour 50-70 m trimix : fond 21/35 + EAN50 à 21 m + O₂ à 6 m. Pour 70 m+ : ajouter un gaz déco voyage/intermédiaire pour combler le gap ICD. Ne respire jamais un gaz déco au-delà de sa MOD — étiqueter le col de bouteille avec la profondeur max d'utilisation (ex. "21 m" pour EAN50) est le garde-fou standard. Planifie chaque switch dans le dive-planner avec profondeurs explicites et vérifie l'ICD dans le icd-calculator.